Je suppose que vous attendiez de mes nouvelles, depuis la victoire à Marseille de dimanche soir. Évidemment, je n'ai pas pu m'occuper de mon blog depuis, je suis sollicité de partout. Je ne suis pas vraiment habitué à ce type de situation, d'habitude je peux sortir tranquillement dans la rue sans être reconnu, et là, je suis en passe de devenir un héros. Enfin bon, c'est quand même très agréable, d'autant plus qu'avant le match, je ne pensais pas du tout y jouer un rôle.
Quand Monsieur Micoud s'est blessé, et que j'ai été appelé pour le remplacer, Monsieur Blanc est venu me parler. Il m'a demandé d'occuper le flanc droit, et que Monsieur Alonso serait le meneur de jeu. J'ai pensé à lui faire part de mes réserves sur ce dernier point, mais j'étais trop concentré sur ce que je devais faire. Rapidement, j'ai du faire face aux montées incessantes de l'arrière gauche de Marseille, un Thaïlandais noir, Taï Taï Wo. Ça m'a rappelé les séances d'entrainement contre Julien Faubert.
Sur le but, comme je l'ai dit en interview, j'ai pas trop compris ce que je faisais, mais j'avais en tête le but de Monsieur Mehmet Scholes contre Barcelone. Et là, tout est allé très vite. J'ai couru vers le banc de touche, j'avais fait un pari avec mon copain Benoit Trémoulinas. Il doit me présenter une fille, c'est pour ça que j'étais super content, et tout rouge.
Après 2 minutes de marche, le groupe est arrivé « chez » Monsieur Henrique. Si j'ai utilisé des guillemets, c'est pour vous faire comprendre que c'était spécial. Il vit donc dans les sous-sols du château du Haillan, avec une petite pièce aménagée d'un tas de paille, et apparemment, il ne s'habille qu'avec les invendus de la boutique des Girondins. Mais il avait l'air heureux de nous montrer ça.
À ce moment, Monsieur Henrique nous a tendu un bouquin, rempli d'extraits de journaux. Monsieur Fernando s'est chargé de nous les traduire. Ça racontait l'histoire d'un enfant sauvage, récupéré à l'âge de 10 ans alors qu'il vivait en pleine forêt amazonienne. Incontrôlable, la seule façon qu'il avait de s'intégrer était de jouer au football. De temps en temps, il détruisait un joueur adverse, mais sinon, il semblait juste être brutal. C'est comme ça qu'il avait été recruté à Bordeaux.
Je pense qu'il voulait s'intégrer à la société en nous montrant son foyer et son histoire, et qu'il voulait tisser des liens. Ceci dit, personne ne s'est senti suffisamment en confiance pour lui proposer de l'héberger quelque temps. Surtout après la découverte d'un maillot de foot déchiré, flocqué Peruchi...quelque chose, avec du sang dessus. Là, on s'est tous éclipsé en trouvant des excuses pas vraiment crédibles (moi, j'ai dit que je voulais m'entrainer pour être titulaire à Marseille).
Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de Monsieur Henrique. Il nous a dit qu'il fêtait ses 25 ans chez lui. Bon, en réalité, lui n'a pas vraiment dit grand chose, juste fait quelques gestes et 2 ou 3 grognements. C'est Monsieur Diawara, le seul joueur que Monsieur Henrique n'attaque pas régulièrement, qui a traduit l'invitation. Si j'ai appris quelque chose depuis l'arrivée du défenseur brésilien à Bordeaux, c'est qu'il y a des choses qu'il ne faut pas faire, ou qu'on ne peux pas refuser. Un jour, Monsieur Smicer a dribblé Monsieur Henrique à l'entrainement. On ne l'a plus revu de la saison. En groupe et en silence, on s'est tous dirigé vers le lieu de la fête.
À notre surprise, nous nous sommes dirigés dans les sous-sols du château. Il y avait beaucoup de toiles d'araignée. Le tremblement de ma jambe gauche s'est accentué, et j'ai prié pour que ma vessie ne cède pas.
En chemin, on a rencontre Monsieur Bédouet, en train de réparer une chaudière. Pris sur le fait, il nous a avoué qu'il n'était pas préparateur physique en vrai, mais chauffagiste. Quand il avait envoyé sa plaquette publicitaire au Haillan, Monsieur Baup l'avait engagé comme spécialiste de l'échauffement. Il était gêné au début, mais ça payait bien. Donc il a continué, et de temps en temps il vient faire quelques menues réparations, pour pas perdre la main, au cas où quelqu'un s'aperçoive un jour de la supercherie. Monsieur Jemmali en a profité pour placer une remarque assassine, sur le fait que certains membres de l'effectif n'étaient pas de vrais footballeurs aussi. Monsieur Diarra lui a demandé s'il avait des aveux à faire. Ça a bien fait rire tout le monde, sauf Monsieur Jemmali bien sûr.
Aujourd'hui, on n'a pas d'entrainement, vu que c'est un jour férié. Pourtant, hier, Monsieur Fernando a essayé de convaincre le staff et les autres joueurs de venir au Haillan. Quand Monsieur Triaud est passé par là, il est allé à sa rencontre. On a entendu le président lui demander son chemin, il avait peur de se perdre dans ce parc. Mais Monsieur Fernando ne s'est pas laissé avoir par cette subtile manoeuvre de diversion. Il a renouvellé sa demande, expliquant qu'il fallait à tout prix bien se préparer pour le match de dimanche à Marseille. Au début, on était impressionné par son professionnalisme. Ça a duré jusqu'à ce que Monsieur Triaud ne s'énerve. Il a crié, en disant qu'il n'aurait « pas droit à une double prime pour avoir travaillé le jour de la fête du travail et de l'Ascension. En plus, tu parles d'un travail, jouer à la baballe,... »
Après ça, il est venu nous voir. Il était tout rouge. Il nous a dit qu'entre « ça, l'affaire avec Nancy qui lui prenait la tête, le mercato qui approchait et surtout sa déclaration d'impôt à faire, il ne savait plus où donner de la tête. Ça lui rappelait sa jeunesse, quand ces cons d'étudiants balançaient des pavés sur la police. Lui, il aimait pas les gens qui revendiquaient trop de choses comme ça... ». Ça a calmé Monsieur Fernando cette évocation des mouvements ultras.
Sinon, Monsieur Jemmali a installé un boitier anti-jeunes dans son vestiaire. Vous savez, le boitier qui émet un bruit insupportable, mais que seuls les moins de 25 ans entendent. En fait, on l'a pas entendu longtemps, parce que Monsieur Henrique a encore moins de 25 ans...
Récemment, il y a eu une multiplication des interventions présidentielles.
D'abord, Monsieur Triaud est venu nous voir après le match de coupe de France pour gueuler sur le niveau du match. Il s'était drôlement ennuyé en tribune. Il a même refusé la prime que demandait Monsieur Fernando, comme il a l'habitude de le faire à chaque fois qu'il voit le Président du club. Monsieur Triaud est aussi venu nous voir mercredi, pour nous rassurer sur la plainte de Nancy contre nous et Monsieur Micoud. Il a même fait une battle avec l'avocat de Monsieur Rousselot à la radio hier soir, il est fort ce Monsieur Triaud.
Ensuite, Monsieur Blanc se projette déjà sur la saison prochaine. Il en parle déjà aux médias, et a parlé notamment des joueurs. Moi, ça m'a inquiété, j'ai donc requis un rendez-vous avec lui. Après deux refus, j'ai du me faire passer pour un journaliste (de Foot Transfert) pour pouvoir le rencontrer et lui parler du cas de son jeune milieu défensif très prometteur Pierre Ducasse (j'ai un peu forcé sur les qualificatifs, comme font les journaux à sensation). Il a répondu que s'il voulait s'imposer, il devrait peut être envisager un prêt. Je suis sorti partagé. Content qu'il ne m'ait pas reconnu d'un côté. Mais de l'autre, j'hésite, le sur-endettement, ça me plait pas trop comme idée.
Enfin, j'avais cru comprendre que Monsieur Alonso devait répondre à une interview hier soir. Benoit Trémoulinas m'avait dit qu'un mec de droite, petit, teigneux, fou-fou, et j'en avais conclu qu'il parlait de Monsieur Alonso. Au lieu de ça, il y avait un mauvais sosie. C'était nul, j'ai préféré regardé Louis la Brocante sur France 3. C'était drôle, j'ai cru un moment que c'était une parodie sur le club de Montpellier. J'ai pas pu le regarder jusqu'au bout, je voulais me coucher tôt pour être en forme samedi.